Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont démontré une méthode sans précédent pour accélérer le mouvement des électrons dans les cellules solaires organiques, atteignant des vitesses auparavant considérées comme impossibles. La découverte, publiée dans Nature Communications le 5 mars, porte sur l’exploitation des vibrations moléculaires pour « catapulter » des électrons à travers les matériaux en seulement 18 femtosecondes – une échelle de temps correspondant à la vibration des atomes eux-mêmes. Cette avancée pourrait révolutionner l’efficacité de la technologie solaire organique, en faisant potentiellement une alternative plus viable aux panneaux traditionnels à base de silicium.

Le défi des cellules solaires organiques

Les cellules solaires organiques, construites à partir de molécules à base de carbone plutôt que de silicium, sont depuis longtemps considérées comme une solution énergétique prometteuse et peu coûteuse. Cependant, ils sont historiquement à la traîne du silicium en termes d’efficacité. Le principal goulot d’étranglement réside dans la vitesse avec laquelle les électrons peuvent passer du matériau donneur absorbant la lumière au matériau accepteur générateur d’électricité. Les conceptions traditionnelles reposent sur un couplage électronique puissant entre ces matériaux, ce qui peut limiter la tension de sortie.

La découverte : le transfert de charge piloté par les vibrations

L’équipe de Cambridge a contourné cette limitation en observant que les vibrations moléculaires au sein du matériau donneur peuvent activement piloter le transfert d’électrons. En utilisant des impulsions laser précisément synchronisées, ils ont découvert que lorsque la lumière excite la molécule donneuse (TS-P3), les vibrations qui en résultent agissent comme une « catapulte moléculaire », lançant des électrons vers l’accepteur. Ce processus ne nécessite pas le couplage fort ni les grandes différences d’énergie généralement nécessaires pour un transfert de charge efficace.

“Voir cela se produire à cette échelle de temps au sein d’une seule vibration moléculaire est extraordinaire”, déclare le co-auteur Pratyush Ghosh.

Le transfert rapide est encore amélioré par le chevauchement des vibrations dans la molécule acceptrice à l’arrivée de l’électron, accélérant ainsi le processus au-delà de ce que l’on pensait auparavant possible. D’autres systèmes présentent un transfert de charge en 100 à 200 femtosecondes, mais cette méthode est plusieurs fois plus rapide.

Pourquoi c’est important : au-delà de l’efficacité

Les implications vont au-delà de la simple amélioration de l’efficacité des cellules solaires organiques. Cette découverte change fondamentalement notre compréhension de la manière dont le transfert de charge se produit au niveau moléculaire. En manipulant les vibrations, les scientifiques pourraient découvrir de nouvelles stratégies pour concevoir des matériaux dans lesquels le mouvement des électrons est optimisé, réduisant ainsi les pertes d’énergie et améliorant les performances. Cela pourrait s’appliquer non seulement à la technologie solaire, mais également à d’autres domaines de l’électronique et de la science des matériaux.

Regarder vers l’avenir

Les découvertes de l’équipe de recherche ouvrent la voie à la conception de cellules solaires organiques plus efficaces. La prochaine étape consiste à reproduire ces résultats avec différents matériaux et à optimiser le couplage vibratoire pour maximiser la production d’énergie. En cas de succès, cet effet de « catapulte moléculaire » pourrait accélérer le développement de solutions énergétiques abordables et durables.