Charles Greeley Abbot n’était pas seulement un scientifique. C’était un obsédé.

De 1872 à 1973, il traverse deux guerres mondiales. Il a vu le monde passer des calèches aux avions à réaction. Mais il ne se souciait pas de tout cela. Il ne se souciait que d’une chose : si le soleil devenait plus chaud ou plus froid.

En tant que directeur de l’Observatoire d’astrophysique du Smithsonian pendant près de quarante ans, Abbot a mené toute sa carrière une guerre contre l’idée selon laquelle le Soleil est stable. Il voulait une preuve. Il voulait montrer que la production d’énergie du soleil varie. Et il pensait que ces variations dictaient le climat de la Terre.

Il a passé cinquante ans à essayer de le prouver.

Un garçon de ferme avec un thermomètre

Abbot est né en Wilton, New Hampshire. Benjamin d’une famille de quatre enfants d’agriculteurs, il n’était pas destiné au départ aux étoiles. Il a commencé dans la terre.

Mais il était intelligent. En 1895, il obtient une maîtrise ès sciences du MIT. Immédiatement après avoir obtenu son diplôme, il a accepté un poste d’assistant de Samuel Pierpont Langley. Langley fut le premier directeur de l’observatoire Smithsonian à Washington, D.C.

Leur travail était simple, en théorie. Cartographiez le spectre infrarouge du soleil. Mesurez l’énergie totale du rayonnement solaire frappant la Terre. Ils ont appelé cette valeur la constante solaire.

Cela semblait stable. Invariable.

Abbot a aidé à affiner la mesure. Mais il ne s’est pas arrêté là. Il a commencé à chercher des failles dans les données.

La grande erreur

Langley mourut en 1906. Abbot devint directeur par intérim. L’année suivante, il en devient directeur officiel.

Il ne s’est pas contenté de faire fonctionner le laboratoire. Il a créé un nouveau programme de surveillance. Il voulait trouver des variations dans la constante solaire. Il croyait que s’il pouvait observer le changement du soleil, il pourrait prédire les conditions météorologiques.

Il a trouvé des « variantes ».

Son équipe les a vus. L’abbé les a vus. Ils étaient réels. C’est du moins ce qu’il pensait.

Les chiffres montraient des fluctuations de 3 à 5 pour cent de l’énergie solaire atteignant la Terre. Pour Abbot, c’était le Saint Graal. Une clé pour les prévisions météorologiques.

Il a passé le demi-siècle suivant à convaincre le monde qu’il avait raison.

Il ne l’était pas.

Pourquoi il avait tort

Les variations vues par Abbot n’étaient pas dues au soleil. Ils étaient dans l’atmosphère.

Ses instruments mesuraient le rayonnement après qu’il ait traversé les nuages, la poussière et l’humidité. Lorsque le temps était clair, le capteur indiquait un niveau élevé. Quand le temps était nuageux, le capteur indiquait un niveau bas.

Il a pris le temps pour la cause du temps.

Les observations satellitaires l’ont prouvé plus tard. Une fois que nous avons placé des capteurs au-dessus de l’atmosphère, la constante solaire est restée stable. La variation de 3 à 5 pour cent a disparu. C’était le résultat d’une mauvaise analyse des données. Abbot avait passé des décennies à chasser un fantôme qu’il avait créé.

“Les variations cycliques qu’Abbot a observées dans la constante solaire… étaient en réalité dues à des conditions météorologiques changeantes et à une analyse incomplète de ses données.”

L’héritage de l’erreur

Alors, était-il inutile ? Non.

Abbot a établi la valeur moderne de la constante solaire. Avant lui, les estimations variaient énormément. Il l’a fixé à 1,93 calories par centimètre carré et par minute sur une surface théorique en dehors de l’atmosphère.

Ce nombre compte. C’est la base. Sans cela, nous ne pouvons pas mesurer le changement climatique avec précision. Nous devons connaître la quantité d’énergie qui entre dans le système pour calculer la quantité qui y reste.

Son insistance sur la variation a également planté une graine. Les réanalyses modernes de ses données montrent des variations infimes. Ils sont minuscules. Beaucoup plus petit que ce qu’Abbot prétendait. Mais ils existent.

Elles sont causées par des taches solaires et des facules présentes à la surface du soleil. Les changements dans le nombre et l’intensité de ces caractéristiques modifient la production. Les satellites l’ont confirmé des décennies plus tard.

Abbot s’était trompé sur l’ampleur. Il avait raison à propos du mécanisme.

L’homme de démonstration

Abbot n’était pas seulement un théoricien. Il voulait que les gens voient la puissance du soleil.

Il a été secrétaire de la Smithsonian Institution de 1928 à 1944. Pendant cette période, il a conçu des radiateurs solaires.